Armons notre pensée

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À l’heure où nous refermons la première édition de l’atelier ETeRNAL, je veux croire que cette idée, pourtant tout à fait ancienne, que ce que nous étudions et la manière dont nous l’étudions est le plus important.

Nous avons constaté que nous abordions naturellement la question de l’éthique par celle de l’anonymisation, trop souvent considérée comme réglée. Force est de constater que ce n’est pas le cas, et d’autant moins que nous conservons de grandes difficultés à définir le problème. Et il n’est qu’une porte ouverte sur un constat, celui que lorsque les données sont devenues un enjeu économique et politique, les outils transformant intelligemment ces données deviennent de facto des objets économiques et politiques. En cela, notre travail de chercheur, de penseur, se décale de nos habitudes et nous oblige. Il ne nous oblige certainement pas à courir après plus de réussite ou de succès, mais bien à reconsidérer l’importance de notre travail.

Le traitement automatique des langues est divers d’histoires très différentes. À la fois issu de la tradition de la linguistique, sciences fort ancienne, et de l’informatique, science tout à fait moderne.
D’aucuns font le constat de notre éloignement de nos objets de recherche. Est-ce que la langue, pour ce qu’elle dit de notre capacité cognitive, de notre évolution, de notre relation au monde peut seulement se traiter par le biais de modèles purement mathématiques ? Est-ce que nous pouvons nous faire croire raisonnablement que nos outils n’ont pas de finalité en dehors des desseins que nous leur prêtons ? Est-ce que comprendre et transformer les données linguistiques est tout à fait anodin ?
Probablement pas.

Il nous appartient, en tant qu’individu, mais également en tant que communauté scientifique de nous inscrire dans une histoire, au moins celle de la science. Ne tentons pas de nous cacher derrière l’argument de la jeunesse, et de ce qu’elle justifie insouciance. Nous ne sommes plus les contemporains de la naissance de l’informatique. Et aujourd’hui, plus qu’hier, notre travail est devenu économique et politique.

Il ne s’agit pas de reproduire au sein de la communauté les habitus de la société, mais d’être en mesure de parler librement, de penser librement nos objets et les conséquences même de notre pensée. Il ne s’agit certainement pas de revendiquer les uns contre les autres, ou de trouver là le vecteur d’une forme de militantisme. Il s’agit certainement là d’une opportunité de s’enthousiasmer.

Alors, oui, il nous faut un espace pour prendre la parole et porter aux débats, celui de la communauté que nous formons, et celui de la société entière, dans sa diversité, les questions qui nous traversent. Reprenons les exercices difficiles de la réflexion, de la vulgarisation, du positionnement épistémologique de nos travaux.
Nous ne gagnerons pas grand chose pour nos carrières, mais notre pensée n’en sera que plus forte.
Je suis heureux de voir qu’un tel espace est en train d’éclore.
Il nous appartient de le faire naître, de le faire grandir et de s’en servir comme arme de la pensée.

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